Cebu, reine du sud philippin.

Agitée, vibrante et dynamique, l’île de Cebu, avec sa ville éponyme, a des airs de petite soeur de Manille. Les plages de sable blanc, en plus. Culture, gastronomie, spa et farniente au soleil.

Manille, tout le monde connaît. Mais Cebu? Il faut souvent quelques secondes-voire quelques bonnes minutes-pour situer cette ville des Philippines, la plus ancienne du pays et la deuxième aujourd’hui après la capitale. Cebu a pourtant tout pour plaire. L’agitation et le dynamisme des villes asiatiques, une riche histoire dont témoignent bâtiments, monuments, églises et temples, une multitude de restaurants et de cafés ainsi que des plages réputées pour offrir un sable d’un blanc immaculé et des panoramas exceptionnels.

Fondée en 1565, la ville de Cebu occupait déjà une place privilégiée dans le commerce asiatique en raison de son port naturel, traitant notamment avec la Chine et le Japon.

En 1521, le navigateur portugais Ferdinand Magellan, parti de Sanlucar de Barrameda en Espagne, découvre Cebu pour le compte de l’Espagne. Les habitants le reçoivent pacifiquement, ce qui permet à l’île de rester libre jusqu’en février 1565, date de l’arrivée du conquistador espagnol Miguel Lopez de Legazpi, qui échoue d’abord à conquérir l’île avant de revenir deux mois plus tard, attaquant et détruisant le village de Rajah Tupas. C’est à partir de cette époque que des églises catholiques sont construites, de même que des tours de garde défensives autour de l’île. Les premiers signes de révolution apparaissent en 1892 et aboutissent, six ans plus tard, au retrait des Espagnols, remplacés par les Américains jusqu’en 1900. Les Philippines deviennent indépendantes un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

C’est cette histoire qui s’exprime dans les rues écrasées de chaleur de Cebu où se côtoient, dans un rush incessant et joyeux, voitures, motos, jeepneys et piétons, ceux-ci slalomant avec une adresse déconcertante. A eux seuls, les jeepneys offrent un spectacle fascinant. A chaque coin de rue, dans chaque file de voitures, se trouvent ces anciennes jeeps abandonnées par les Américains après la guerre et transformées par les Philippins pour en faire le transport public numéro un. Un toit en métal ajouté pour faire de l’ombre, des ornements scintillants en chrome, un coup de peinture vive et des décors souvent kitsch, et la légende des jeepneys venait de naître.

Côté décoration, chaque propriétaire de jeepnay laisse libre cours à sa créativité, inspirée de figures populaires ou de son histoire personnelle, le tout formant parfois un tableau surprenant où se mêlent logos, citations, animaux et symboles chrétiens. Les trajets empruntés par les milliers de conducteurs, qui se livrent une concurrence féroce, restent obscures pour les non-initiés, mais une chose est certaine: aucun chauffeur de jeepnay n’hésite à s’arrêter n’importe où afin de faire monter un passager. Le tout à la grande exaspération des autres automobilistes!

Santo Niňo de Cebu est le saint patron de l’île et les petites échoppes vendant des statuettes et toutes sortes de porte-bonheurs à son effigie sont là pour le rappeler. C’est, du reste, dans la Basilica del Santo Niňo, qui date du XVI ème siècle, que les Espagnols ont découvert en 1565 une sculpture de l’enfant Jésus. D’abord en bois, l’église fut reconstruite, en 1735, en pierre, sur le même site, mais dans un style baroque. Juste à côté de la basilique, abritée par une rotonde en pierre, se trouve la Croix de Magellan. Celle-ci contiendrait les vestiges de la croix en bois que l’explorateur avait fait ériger en 1521 à son arrivée à Cebu. Tout autour, des femmes vendent des cierges qu’elles allument ensuite elles-mêmes et accompagnent d’une prière pour l’acheteur. Détail étonnant, les cierges, qui sont longs et fins, sont déclinés dans différentes couleurs, chacune d’elle étant associée à un domaine précis: protection lors d’un voyage, santé… Une nouveauté qui doit tout au marketing, précisent certains. Peut-être, mais le spectacle de ces cierges de couleur n’en est pas moins très joli.

La visite de Cebu se poursuit avec un passage à l’étonnant Heritage of Cebu Monument, une sculpture impressionnante qui semble déborder du petit parc qui l’entoure, et dont l’objectif est de raconter 500 ans d’histoire de la ville.

En tournant autour du monument, on découvre différentes scènes importantes, comme le baptême de Rajah Humabon, roi de Cebu, et la procession de Santo Niño. A quelques mètres se situe une petite maison à l’allure discrète. La YAP San Diego Ancestral House date de la fin du XVIIème siècle, ce qui fait d’elle la plus vieille maison de Cebu. Propriété d’une famille de commerçants chinois, elle est aujourd’hui transformée en musée, mais l’atmosphère familiale demeure, entre les anciennes photos, les meubles patinés, les bibelots et le linge de maison. Le jardin est particulièrement charmant et mérite de s’y arrêter le temps de boire une tasse de thé. Le Fort San Pedro, qui date du XVI ème siècle, mérite un rapide détour avant de partir explorer un marché où l’on trouve des monceaux de poisson séché.

A une vingtaine de minutes en taxi de la ville, situé dans un quartier prospère et tranquille surnommé Beverly Hills, se dresse un imposant temple taoïste construit en 1972, qui rappelle la présence, depuis le XVI ème siècle, d’une importante communauté chinoise à Cebu. Un chemin comprenant un nombre substantiel de marches conduit jusqu’au temple principal, offrant une vue spectaculaire sur  la ville.