CROISIERE AU SUD DU SUD : CAP SUR L’ANTARCTIQUE

Au départ d’Ushuaia, cap vers l’Antarctique, obstinément blanc. Deux semaines d’aventures au bout du monde, là où se rejoignent tous les méridiens. Le voyageur grisé sera étourdi par les glaces, le silence et le froid.

  

Ushuaia en plein sud de l’Argentine est la capitale de la province Terre de Feu et la porte du continent antarctique. Le Boréal est à quai, déjà aux prises avec le froid.  Le commandant, veste blanche, accueille les passagers en cette fin d’après-midi en haut de l’échelle de coupée. Le navire est peuplé de 130 habitants payants au plus, pour l’agrément desquels travaillent 130 membres d’équipage et personnel hôtelier.

Après le Canal de Beagle, cap sur les Îles Malouines, « territoire britannique » contesté par l’Argentine. Dans le grand salon, un

anorak chaud et rouge, frappé du mot « Expédition » dans le dos, est remis à chaque passager. De la sorte, les tribulations des aventuriers seront mieux surveillées par l’équipe des « naturalistes » chargée des sorties à terre et… par leur chef, Nicolas Dubreuil, responsable de la sécurité : « Vous allez voir des milieux sublimes, mais extrêmes et dangereux. Si vous versez dans l’eau à 2°, votre survie durera quelques minutes… ».

Considérée comme meilleur poste d’observation, la passerelle est occupée par de nombreux passagers habillés de l’anorak rouge. Première escale, les Îles Falkland (Malouines). On goûte enfin aux joies promises du débarquement en « zodiac », ces petits hors-bords en caoutchouc ceinturés de boudins d’air. Les paysages de Grave Grove et de Saunders rappellent l’Ecosse. Des moutons paissent sur les collines, indifférents à la présence d’une vaste population de manchots et de « gorfous sauteurs », avançant tels des jouets mécaniques.

La prochaine escale après deux jours de mer se fera en Géorgie du Sud, Sur le bateau, le théâtre ne désemplit plus ! Série de conférences, les naturalistes font assaut de cours magistraux. 14 millions de km2, là-bas, exempt de végétation, l’Antarctique est coiffé d’une couche de glace qui peut atteindre cinq kilomètres. Le confort douillet et feutré du bateau ne se prête pas à imaginer la rigueur et l’hostilité potentielle de l’environnement.

 

À Salisbury Plain, puis à Fortuna Bay, des milliers de manchots, surtout des « royaux » à long bec recourbé, sont réunis en congrégations bruyantes.  Il convient d’avancer avec prudence même si on est salué par une indifférence presque désobligeante. J’en profite pour faire connaissance avec des masses de chair grise allongées sur le sable, qui émettent toutes sortes d’éructations. Ce sont les éléphants de mer dans toute leur élégance. Des oiseaux nous accompagnent, un albatros grand comme un planeur et quantité de petits Damiers du Cap, gris et tachetés de blanc. Ces escadrilles acrobatiques virevoltent sur l’écume des vagues.

Enfin de l’exercice ! Les volontaires sont invités à se rendre de Fortuna Bay à la station baleinière abandonnée de Stromness. Une excursion de trois heures. Cette marche « sur les pas de Shackleton » est supposée reproduire la dernière étape du retour de l’explorateur (1874-1922) en Géorgie… à cette différence près que celui-ci venait de la côte Ouest et dut franchir des glaciers ! Le voyage comporte un détour par l’ancienne station baleinière de Grytviken, fondée en 1904. Capitale de la Géorgie du Sud, cette ville compte 22 habitants. Il est d’usage de rendre hommage à celui qui est entré dans la légende de l’Antarctique à bord de son navire l’Endurance : Ernest Henry Shackleton. On lui offre, dans le cimetière aux 62 tombes, une libation posthume. Chacun verse sur sa tombe quelques gouttes de whisky en guise d’eau bénite.

Presque trois jours de pleine mer seront nécessaires pour atteindre les étapes suivantes. L’île Paulet couronnée d’un cratère puis les Shetlands du Sud dont les îles ceinturent le nord de la péninsule antarctique, laquelle ne sera foulée qu’en toute dernière escale, à Neko Bay.

Au premier Iceberg, ce ne sont que des cris d’admiration. Le navire tourne autour de ce monument passé au bleu clair phosphorescent et couronné de pics à la Gustave Doré. Plus tard apparaitra un iceberg « tabulaire » aux hautes falaises de marbre bleuté veiné d’outremer, gigantesque morceau de banquise millénaire détaché du continent. ! Le Docteur Barbier a filmé l’écroulement sur son « ipad », on se presse autour de lui pour revivre ces moments !

On pénètre dans Neko Bay via le Canal Lemaire, passage étroit entre des îles qui débordent de glaciers. Voici enfin une escale sur la péninsule, découverte par le navigateur belge Adrien de Gerlache. On va pouvoir fouler le continent antarctique ! Par chance un rocher est dégagé de neige sur une hauteur. On y accède difficilement en bottes, les jambes s’enfoncent jusqu’à mi-cuisse et même Monsieur Sylvestre creuse désespérément pour récupérer sa botte restée enfouie… Les fesses posées sur le sol rocheux du sixième continent on embrasse en contrebas un paysage figé dans une sorte d’éternité. Le soleil brûle les rétines. On se regarde. On ne trouve pas les mots. Nous avons atteint les portes de l’extrême…

7 croisières en Antarctique à bord du Boréal du 4/12/2018 au 4/03/2019.

www.ponant.com

Itinéraire :  Ushuaia (Argentine)  > New Island / West Point (Iles Malouines) > Salisbury Plain / Fortuna Bay (Géorgie du Sud) > Grytviken/St Andrews Bay (Géorgie du Sud)  > Gold Harbour / Drygalski Fjord (Géorgie du Sud)  > Navigation en mer de Weddell & Brown Bluff (Antarctique)  > Détroit de l’Antarctique – Neko / Paradise Bay (Antarctique)  > Ile de la Déception / Half Moon (Antarctique)  En mer, passage du Drake  > Ushuaia (Argentine)