Fabrizio von Arx : le chant de l’Ange

Trois fois centenaire, le violon « The Angel » ex-Madrileno s’est choisi pour mission d’insuffler l’harmonie et la paix dans le monde et devient l’ambassadeur de la démocratisation de la grande musique à travers le projet Stradivarius Art & Sound porté par le virtuose Fabrizio von Arx et l’entrepreneur genevois Olivier Plan.

SLT : Né à Naples, vous jouez du violon depuis l’âge de cinq ans.
FvA : J’ai obtenu mon diplôme à Naples, puis à l’âge de 16 ans je suis venu à Genève pour mon premier Master enfin aux États-Unis et à Crémone. Mon arrière-grand-père, Guido Pannain était musicologue, compositeur et critique musicale, il avait suggéré à ma mère, elle-même pianiste, que je joue du violon, le meilleur instrument, selon lui, pour développer l’oreille musicale.

Votre plus vieux souvenir musical ?
Mon père avait tous les albums des Beatles et je me souviens de reprendre leurs chansons au violon. Sinon mon but était d’apprendre vite pour pouvoir interpréter le concerto pour violon de Tchaïkovski que nous allions écouter en famille.

Avez-vous compris très jeune que le violon vous accompagnerait tout au long de votre vie ?
Pour moi c’était facile car jouer était un plaisir. J’emportais mon violon partout. Je me souviens de mon premier concert à l’Opéra de Naples, j’avais sept ans et je suis tombé amoureux de cet instrument. Dès le lendemain, ma mère n’avait même plus besoin de me demander de travailler. Le violon est devenu une passion que je porte encore aujourd’hui

Pourquoi Genève ?
Je suis d’origine suisse, je me suis installé à Genève à 24 ans, certains de mes amis s’y trouvaient déjà. Mes ancêtres venaient de Soleure et j’ai fait l’école suisse à Naples. L’enseignement était d’ailleurs tourné vers les domaines artistiques ce qui m’a donné un élan dont je bénéficie encore aujourd’hui.

Votre rencontre avec le Stradivarius « The Angel » ex Madrileno 1720.
J’ai joué plusieurs Stradivarius, mon luthier londonien, chez John & Arthur Beare, me prêtait régulièrement des instruments d’exception. Lors d’un concert à Genève avec le Madrileno – pour lequel je m’étais pris de passion – Olivier Plan était dans la salle. Nous avons sympathisé, je lui ai fait écouter plusieurs violons et, grâce à son oreille musicale et à une grande sensibilité, il a su décrire les différentes résonances des instruments. Nous avons acquis ce violon en juin 2017 et en septembre de cette année, il a été béni dans la Cathédrale Saint Marc de Venise par le Cardinal Ravasi. C’est d’ailleurs en nous rendant à Venise avec la Camerata du Léman, pour un concert et la bénédiction, que nous avons involontairement créé un buzz. Notre avion ayant du retard, nous avons commencé à jouer dans la salle d’embarquement pour passer le temps. Ce concert improvisé s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux et a résonné dans le monde entier.

Comment Stradivarius est devenu une légende ?
Au 17e siècle, l’école de Crémone a vu naître le violon d’Antonio Stradivari qui a créé la synthèse parfaite du son éclatant de son époque   avec un timbre s’approchant de l’orgue. Cette résonance a laissé anticiper le son du 18e et a inspiré tous les compositeurs et les grands archetiers français. C’était un avant-gardiste qui à l’époque du clavecin avait déjà imaginé le piano à venir. Avant même de construire son violon, il avait déjà un son en tête, capable de jouer avec un piano ou d’être accompagné par un orchestre symphonique.

Parlez-nous de Stradivarius Art & Sound.
Genève est une capitale musicale et culturelle. Notre projet est d’y amener des instruments d’exception pour en faire profiter les artistes dans une approche musicale

 

qui se met au service des talents pour les faire grandir. La musique est un langage universel qui touche directement notre âme. Nous voulons faire sortir la musique des lieux conventionnels qui peuvent parfois faire peur, notamment aux jeunes. Olivier a un côté entrepreneur qui complète mon âme d’artiste. Nous sommes une équipe active et passionnée qui œuvre pour la démocratisation de la musique en proposant une communication différente. Par exemple dernièrement nous avons joué à la Fnac de Genève et de Lausanne afin de présenter les concerts du Victoria Hall et de l’Auditorium Stravinski. Mais le premier concert de « The Angel » en Suisse a eu lieu à la prison de la Brenaz. J’ai joué en compagnie de la Camerata du Léman, avant le concert nous avons été quelque peu moqués par les prisonniers, mais dès les premières notes de l’adagio de la sonate de Bach le silence s’est fait, ils étaient attentifs comme dans une salle de concerts et nous avons joué 45 minutes avant d’entamer avec eux une longue discussion enrichissante.

 

www.stradivarius-artsound.ch