L’iconique KARL

Karl Lagerfeld est le maître incontesté de la culture pop. De la haute couture au prêt-à-porter de luxe, sa sphère d’influence est infinie. Comment ce jeune Allemand, rebelle et atypique, trouve-t-il son inspiration ?

Êtes-vous heureux ?
KL : On est heureux tant qu’on ne se pose pas ce genre de question. Je fais ce que je veux et dans les meilleures conditions. Ceux qui ne s’estiment pas heureux en ayant cette chance doivent aller voir ailleurs.

Quel est l’élément déclencheur pour vous ? Y a-t-il un moment clé dans la création ?
Cet élément peut varier d’une fois à l’autre, il n’y a pas de règle immuable. L’inspiration surgit parfois aux endroits ou aux moments les plus inattendus et je m’empresse de la noter de crainte qu’elle m’échappe. La création est une chose très étrange et elle doit le rester. Ce n’est pas une recette. Elle n’obéit à aucune loi.

Vous dites qu’il s’agit toujours du même processus, peu importe ce que vous faites ou créez. Quelle est votre définition de la créativité ?
C’est très difficile à expliquer et chacun a son avis sur la question. Les choses s’enchaînent, se mettent en place, me poussent dans une certaine direction… C’est un processus étonnant que je ne peux pas et que je ne souhaite pas analyser en détail.

Vous arrive-t-il de douter de votre créativité ?
Non, pas du tout. De nos jours, tout le monde semble s’être habitué au burn-out. En ce qui me concerne, j’ai une politique très claire en matière de travail : je sais où m’arrêter. De plus, je ne suis pas seul : j’ai une équipe formidable sur laquelle je peux compter, des gens incroyables qui, pour certains, n’ont jamais travaillé que pour moi et m’accompagnent depuis 30, 40 ans. Notre mécanique est parfaite, comme une montre suisse

Karl Lagerfeld at the Chanel Ready-To-Wear Fall-Winter 2011-2012 fashion show designed by Karl Lagerfeld at the Frand Palais in Paris, France on March 8, 2011, as part of the Paris Fashion Week.

On dit que ce qui vous intéresse, c’est d’aller de l’avant…
Et on dit vrai. J’aime me projeter à l’étape suivante. À ce qui m’attend dans six mois, voire trois mois. Je pense que cette manière de travailler est la meilleure pour les gens comme moi.

Pourtant, vous avez rarement l’air satisfait, ou du moins pleinement satisfait…
Je ne suis jamais pleinement satisfait. J’espère toujours faire mieux la fois suivante. Je me considère comme quelqu’un de nonchalant, ce qui est bien sûr ridicule, mais je suis ravi d’être comme je suis.

Que pensez-vous du culte de la personnalité inhérent à la célébrité ?
On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Le star-system a des avantages mais aussi de très gros inconvénients, avec lesquels il faut composer. Comme je sors peu, je ne me sens pas réellement concerné. Mes apparitions publiques se limitent à la distance entre ma porte et ma voiture. Je peux difficilement changer d’attitude et je l’assume complètement. Les gens m’identifient trop facilement, veulent des selfies… Je déteste faire des selfies avec des inconnus, je n’ai aucune envie de me retrouver sur leur téléphone, mais je n’aime pas non plus me montrer désagréable.

Y a-t-il des choses que vous voulez encore accomplir ?
Mes activités actuelles me conviennent parfaitement. La mode, la photo, les livres… Je laisse le reste à d’autres, je n’y ai pas ma place.

Vous est-il arrivé de vous lancer dans des projets et de vous dire : non, j’arrête, ce n’est pas pour moi ?
Je n’en arrive jamais là car je sais d’instinct ce qui me convient ou pas. Si j’estime que ce n’est pas pour moi, je ne vais pas plus loin. Je pose mes choix très rapidement et je ne me lance que dans les projets que je juge intéressants.

Pensez-vous ralentir la cadence – ou même vous arrêter – un jour ?
Ce genre de pensée ne m’effleure pas. Ce qui a commencé avec moi s’arrêtera avec moi. J’aimerais mourir comme un soldat, sur le champ de bataille, en travaillant. Mais je ne suis pas pressé !

Une chose est sûre, vous faites déjà partie de l’Histoire…
Je n’en sais rien et la postérité ne m’intéresse pas. Des tas de gens ont marqué leur époque et sont tombés dans l’oubli. Certains noms ont résisté à l’usure du temps et d’autres gagnent en notoriété au fil des ans, comme les peintres. Mais la mode n’est ni de la peinture, ni de l’art c’est un art appliqué qui obéit à ses propres règles.